Hello everybody !

savez-vous qu'à Montréal, un véritable fléau sévit? Pire que la neige. Pire que le froid. Pire que les moustiques. Pire que les embouteillages. Pire que la collusion. Oui oui, c'est possible! Et en plus, ce fléau, on le doit à une minuscule bestiole de quelques millimètres de longs, capable de vous faire vivre un véritable enfer sur terre. Je vous présente la seule et unique, l'inimitable, l'inégalable: la punaise de lit! 

Faisons les présentations: il s'agit d'une petite bête de 5 mm à l'âge adulte, qui vit dans les chambres, particulièrement dans les matelas et les sommiers, voire dans les rideaux et les tapis si elle manque de place. La journée, elle dort, bien cachée, mais la nuit, elle sort de sa cachette pour courir sur ton corps endormi et de sucer le sang jusqu'à la moëlle! De vrais petits vampires. Le problème, c'est que comme tous les parasites, elles se reproduisent à vitesse grand V, à coup de  3 oeufs par jour. J'emprunte la définition suivante au site de espacespourlavie: la durée de vie moyenne des punaises adultes varie entre 10 et 12 mois. Cette longévité augmente quand la température diminue. À 27°C, elle vit en moyenne 65 jours mais, à 10°C, elle peut vivre jusqu’à 413 jours! Dans un endroit non chauffé et sans nourriture, la punaise des lits survivra encore plus longtemps que sous des conditions de vie optimales. Avant l’accouplement, la punaise des lits doit ingurgiter un repas de sang afin de permettre la maturation des œufs. Elle peut pondre de 200 à 500 œufs au cours de sa vie, dans son milieu de vie : fente d’un mur, interstices d’un meuble ou du plancher, boîte de carton. En l’absence de nourriture, elle cesse la ponte après 11 jours. À une température de 22°C, les œufs éclosent au bout d’environ deux semaines. Ils sont blanchâtres et mesurent environ 1 mm. À chacun de ses cinq stades larvaires, elle doit prendre au moins un repas de sang pour passer au stade suivant. Le taux de développement de l’insecte augmente avec la température. À 30°C, le cycle de vie (de l’œuf jusqu’à l’adulte) dure 24 jours en moyenne. Entre 18 et 20°C, il s’échelonne sur quatre mois.

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Après ce petit cours de biologie passionnant pour une mise en contexte théorique, passons au concrêt. Passons au coeur du sujet pratique: l'enfer qu'elles nous ont fait vivre! Oh boy! Incroyable comme cette petite saloperie peut vous pourrir la vie, au point que vous ne dormez plus dans votre lit et avez presque peur de rentrer chez vous après le boulot ! Il parait qu'à Montréal, chaque habitant subira au moins une fois dans sa vie de locataire une invasion de punaises de lit. Moi, cette petite bête-là, avant d'arriver ici, je n'en avais jamais entendu parler. A tel point que naïvement, à notre arrivée, quand on avait peu d'argent à dépenser pour nous loger, on avait acheté notre canapé d'occasion à quelqu'un. Ah!! horreur!! Mais vous êtes fous!! Ah bon, pourquoi? Maintenant, on sait! On sait qu'il ne faut pas ramasser un meuble sur le trottoir. On sait qu'il faut se méfier quand un matelas ou un canapé traîne dans la rue. On sait qu'il faut bien vérifier tout achat d'occasion avant de ramener le tout chez soi. Non pas qu'on se soit fait avoir en ramassant un truc dehors ou lors d'un achat. Non, tout s'est toujours bien passé. L'invasion est venue d'ailleurs. Des autres. De nos voisins du dessous, pour être plus précis. Une belle histoire que je vous vais vous raconter... en espérant que cela ne vous découragera pas de venir passer une nuit à Montréal!! Le problème est tellement étendu à l'échelle de la ville qu'un article a été publié dans le journal, et voici la carte qui résume la situation (ce n'est pas rassurant, hein?! )

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En juillet l'année dernière, on a commencé à remarquer de nombreuses piqûres sur nos jambes. Surtout au niveau des mollets, pour moi, et au niveau des pieds, pour Benoit. Moi, ça ne me grattait presque pas, mais me laissait des traces assez étendues, rouges et sans relief, qui, jour après jour, rendaient mes jambes méga moches, on ne va pas se mentir. Quant à Benoit, ça faisait des petites boursouflures rondes pointues qui grattaient tellement que le frottement d'un pantalon ou des chaussettes devenait un enfer. Au début, on a soupçonné des bêtes dans l'herbe, car on avait assisté à beaucoup de spectacles en ville (concert, feu d'artifice, ciné plein air). Alors j'ai lavé notre couverture de sortie champêtre. Mais rien a faire, ça a continué. Alors je suis allée faire des recherches sur internet et là, le doute a fait place à l'angoisse: et si on avait des punaises de lit? Ni une ni deux, le soir même, on défait le lit et on retourne le matelas. Rien. On va plus loin et on retourne le sommier, armés d'une lampe de poche. Et là, dans les petits trous des lattes de bois, l'horreur se rélève à nos yeux: elles sont là, les petites bêtes qui ont commencé leur invasion .

Panique à bord. Mon dieu, d'où viennent-elles, comment sont-elles arrivées ici? Tout de suite, on soupçonne notre récent séjour dans un appart un peu miteux de New York. Et tout penauds, on appelle notre proprio. Celui-ci vient immédiatement nous voir, constate en effet qu'il y a des bêtes. Je lui dis avec un mélange de honte et de gêne que je pense que c'est nous qui avons rapporté ça de NY et demandons à ce qu'une extermination ait lieu au plus vite avant que cela envahisse le reste de l'appartement et ceux des voisins. Et là, il nous dit qu'il n'est plus notre proprio, l'immeuble est vendu, et nous demande d'attendre avant de contacter le nouveau proprio. On est dépités... et effrayés...  Benoit décrète qu'il est hors de question de dormir à nouveau dans la chambre, même si on me conseille de continuer à y dormir, car si on change de pièce, les punaises risquent de nous suivre pour se nourrir et s'intaller dans un autre endroit de la maison. Ce que l'on veut absolument éviter, car pour le moment, la chambre est la seule pièce touchée. Rien dans la chambre d'amis et rien dans le salon. Mais non, c'est trop dégueulasse, on ne peut pas retourner dans notre lit en sachant qu'on va se faire bouffer toute la nuit!

La partie la plus infernale de notre été commence alors: on émigre dans le salon, heureusement qu'on a un clic-clac, car le salon deviendra notre chambre pour les huit semaines à venir. Et oui! Et on va parler aux voisins, évidemment, car on veut les prévenir. Et là, le choc: on apprend en fait que nous n'y sommes pour rien! L'invasion a commencé chez notre voisine du dessous, l'appartement a déjà été exterminé, et l'ex-proprio, ce connard, lui avait demandé de ne rien dire! Bravo monsieur, belle honnêteté: grâce à vous, plusieurs apparts sont envahis! Je vais alors voir nos deux autres voisines, leur explique et leur montre les piqûres sur mes jambes: elles me montrent leurs bras et leurs pieds, et le verdict est sans appel, il y en a chez elles aussi ! Alors c'est parti pour la désinfection des quatre appartements de toute notre cage d'escalier (le nouveau proprio a été très réglo, a engagé très vite les démarches et fait appel à un exterminateur pas trop trop chimique nocif). Et la galère de la prévention se met en branle: il faut sortir tous nos vêtements des placards, les passer au sèche-linge force max pendant 20 minutes pour tuer les potentielles punaises qui s'y promèneraient, et enfermer le tout dans des sacs plastiques hermetiquement fermés. Alors c'est parti, on vide toutes les étagères, les placards, les tiroirs, les armoires, les penderies. Et on lave aussi, à l'eau très chaude tout ce qui peut supporter de hautes températures. Et l'appart commence à ressembler à un champ de bataille. Jusqu'à l'apothéose: quand les exterminateurs viennent traiter et qu'il faut rassembler tous les meubles au milieu des pièces pour que les produits soient répandus le long des plinthes. Voici le bazar que ça donne:

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Je n'avais même plus envie de rentrer chez moi après le boulot. Et j'étais morte de fatigue, car dans mon salon il n'y a pas de rideaux, et il y a les bruits de la rue, et il y a mon chéri qui se lève plus d'une heure avant moi et qui me réveille pendant sa toilette et son petit dej. Avec nos voisins, on a pris l'initiative, avant que l'extermination par les professionnels commence, de louer une grosse machine à vapeur pour désinfecter tout ce que l'on pouvait, la vapeur très chaude tue les bêtes et leurs larves. On a donc passé deux soirées entières, par 30° (on est au mois d'août, maintenant), à vaporiser nos placards vides, nos canapés, nos rideaux et tous nos meubles. Une initiative qui nous a rassurés et a quand même permis d'éliminer pas mal de bêtes...

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Comme j'avais peur d'avoir trop de produits chimiques chez moi, je cherchais des solutions naturelles pour les exterminer. J'ai trouvé des recettes de vaporisation à base d'huiles essentielles, un cocktail à diluer dans l'eau et vaporiser sur les tissus, les meubles et les murs. Et même à diluer dans l'huile d'amande douce pour en faire un mélange à déposer sur la peau (on s'en enduisait le corps tous les soirs!). Vous savez que ces bêtes peuvent aussi se glisser dans les cadres et les bouquins? Solution pour les livres: les mettre au congélateur pendant trois semaines et ensuite flipper toutes les pages au-dessus d'un tissu blanc pour récupérer des bêtes si elles en tombent...

On est aussi allés acheter une poudre magique, la terre diatomée, qui est une poudre non chimique pour tuer les punaises de lit. C'est une poudre blanche, comme de la maïzena, issue de fossiles, qui contient des sortes de pics microscopiques qui transpercent l'abdomen des punaises lorsqu'elles marchent dedans. Elles ne meurent pas instantanément, mais finissent par creuver, car elles se vident et s'assèchent... On a répandu cette poudre dans les prises murales, sur le matelas, le sommier, et au pied de tous nos canapés et du lit. Benoit a passé cette poudre au microscope électronique à balayage, voici à quoi ça ressemble. Et aussi, pour le fun, une de ces saloperies, éventrée et zigouillée!

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La première extermination a eu lieu mi-août. Comme le produit est toxique, il ne faut pas que les animaux restent dans le logement. J'ai donc mis mon petit chat dehors et me suis mise en télétravail pour pouvoir travailler dans le jardin public derrière chez nous et rester avec elle. J'avais un patron très compréhensif. Et puis ça a recommencé trois semaines après, en septembre, car les exterminateurs devaient refaire un deuxième passage, avec un produit différent. Rebelotte: on déplace les meubles et je me retrouve à la rue avec le chat! Heureusement qu'il faisait très beau!

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Et toute cette histoire nous a amenés jusqu'à la mi-septembre. On n'en pouvait plus. Mais quel bonheur quand officiellement nous avons repris une vie normale: ouvrir les sacs pour remettre tous les vêtements à leur place et refaire le lit pour y dormir! Je vous avoue que nous sommes quand même sortis traumatisés de cette histoire. Moi, j'en ai fait des cauchemars pendant plusieurs jours. Et j'en fais encore, parfois. On a même acheté une petite machine à vapeur pour pouvoir vaporiser de temps en temps le matelas, le sommier et les rideaux. On a mis une housse spéciale autour de notre matelas et de nos taies d'oreillers, avec un maillage très fin et des protections au niveau des attaches, comme ça s'il restait des bêtes, et bien elles y ont été emprisonnées et vont y creuver! Enfin, je continue à déposer de la terre diatomée aux quatre pieds du lit, en prévention. Et ne me parlez pas d'acheter le moindre tissu d'occasion!

Alors voilà, une sale histoire qui est derrière nous maintenant. Mais quel traumatisme... Plus jamais, je vous jure! Et je vous rassure, vous pouvez venir dormir chez nous en toute sécurité. Montréal vaut la peine... et d'ailleurs la France n'est pas épargnée, il y a une grosse infestation dans le nord de la France ...

A bientôt les p'tits loups!!!